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Le Liban se trouve
toujours dans l’impasse et il n’est pas près de s’en sortir.
Certains vont, même, jusqu’à prédire que la crise politique, créée
par la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations Unies
(votée en 2004) et exacerbée, à la suite de l’assassinat de l’ex
Premier ministre Rafic Hariri, par l’agression israélienne de l’été
2006, ne pourra voir le début de la fin avant les élections
présidentielles étasuniennes en 2008… Et ils n’ont pas tort ou,
plutôt, ils ont toutes les raisons plausibles (et convaincantes)
pour étayer ce point de vue.
En effet, la dernière
phase de cette crise, située trois mois plus tôt, connaît une
nouvelle escalade durant les deux semaines qui viennent de faire
suite à la tenue du Sommet arabe, le 28 mars, à Riad.
Cette escalade a soulevé
de nouveaux points de litige et divulgué le secret de nouveaux
scénarios mis, de part et d’autre, dans le but de réaliser une
« victoire » totale et écrasante sur le vis-à-vis, sans que les
parties en présence prennent, pour autant, en considération la
situation du pays et sans qu’aucun souci ne vienne les effleurer
quant aux risques qu’ils font encourir à tous en se faisant les
porte-parole de projets radicaux, internationaux et régionaux, qui
continuent à utiliser la « carte libanaise » comme un atout
essentiel sur la voie de leur réalisation.
Le nouveau scénario
Et la pétition
parlementaire
Le premier scénario
se base sur le dernier projet mis au point, au début de l’an 2006,
par le vice président étasunien, Dick Chenney. Ce projet, comme nous
le savons maintenant, prévoyait une intégration totale du Liban au
« Grand Moyen Orient », qui aurait dû faire suite à une agression
israélienne de grande envergure ayant pour but de balayer, en plus
du Hezbollah, toutes les résistances intérieures afin de continuer
son chemin pour rejoindre Bagdad, après être passée par Damas.
Et bien que cette nouvelle
formule du projet étasunien ait été mise en échec, grâce à la
résistance du peuple libanais, et bien que les conséquences
politiques de cet échec continuent à avoir des répercussions très
négatives en Israël, on continue à penser, tant à Washington qu’à
Tel Aviv, qu’il est nécessaire de récidiver dans les plus proches
délais (des dates ont été émises entre juin et juillet 2007),
soutenus en cela par certaines formations politiques libanaises qui
pensent pouvoir, ainsi, finir avec le Hezbollah et faire main basse
sur le pouvoir politique libanais.
Sur la base de ce
scénario, certaines parties du « Rassemblement du 14 mars » ont
exigé l’arrêt des pourparlers entre Saad Hariri (dirigeant de la
majorité parlementaire) et Nabih Berri (président du parlement).
Elles ont fait de la création du tribunal international leur slogan
de base, afin de pouvoir demander au Conseil de sécurité de
s’immiscer, plus encore, dans les affaires intérieures du pays et
d’aller au-delà de la résolution 1701, préparée par John Bolton et
votée à la suite de l’échec des objectifs de l’agression israélienne
de juillet-août 2006. C’est ainsi qu’elles ont envoyé récemment aux
Nations unies une pétition signée par 70 députés et demandant
l’intervention du Conseil de sécurité dans la formation, sous le
chapitre 7, du tribunal international sur les crimes commis au
Liban depuis février 2005 ; la même pétition accusait Nabih Berri
d’avoir kidnappé le parlement.
Le Conseil des évêques
maronites
En plus de la pétition, et
dans les mêmes objectifs, le « Conseil des évêques maronites » du
Liban a déclaré, il y a trois jours, qu’il appuie le point de vue de
la majorité stipulant qu’en cas de désaccord entre cette dernière et
l’opposition sur les élections présidentielles (prévues en
novembre), il est possible de passer outre la clause concernant le
quorum nécessaire (85 députés). A cela, nous devrions ajouter
d’autres positions et déclarations concernant la possibilité de
remplacer bientôt les ministres chiites démissionnaires, l’ingérence
de l’Iran dans les affaires libanaises à travers le Hezbollah, la
nécessité d’avoir des soldats de la FINUL sur les frontières avec la
Syrie, afin de mettre fin à « la contrebande d’armes »…etc.
Tout cela rend encore plus
réelles les menaces proférées, dernièrement, par l’administration de
Georges W. Bush contre le Hezbollah et ses deux appuis, l’Iran et la
Syrie, et éclaire d’un jour nouveau le « pessimisme » exprimé par le
secrétaire général de la Ligue arabe, Amro Moussa, mais, surtout, le
retrait de la médiation de l’Arabie Saoudite dans la crise
libanaise, puisque son ambassadeur à Beyrouth vient de déclarer que
son pays ne recevra les Libanais que s’ils se mettent d’accord entre
eux sur toutes les questions litigieuses, de manière à ce que leur
présence à Riad ait pour seul but de permettre à l’Arabie saoudite
de superviser un accord déjà conclu.
Que veut
« l’opposition » ?
Face à ce scénario visant
à remettre en marche le projet de l’administration des Etats-Unis
pour la région, et nonobstant les échecs que ce projet connaît de
puis quatre ans, en Irak notamment, il n’y a, de la part de
l’opposition, ni un projet unique ni une vision nouvelle qui
rassemblerait les opposants sur des bases de libération nationale et
de changements radicaux et démocratiques dans la manière de gérer
les affaires de la région et les richesses qu’elle recèle, à
commencer par l’or noir mis, actuellement et dans sa presque
totalité, sous la coupe des compagnies pétrolières étasuniennes.
La situation n’est pas
différente par rapport à l’opposition libanaise, puisque cette
dernière ne sait pas ce qu’elle veut.
N’a-t-elle pas commencé
par demander à ce qu’elle soit mieux intégrée au régime, en
revendiquant une « participation » plus efficace au gouvernement
qu’elle avait taxé d’être à la solde des Etats-Unis… pour aboutir,
aujourd’hui, à trois ou quatre alternatives ou scénarios, dont :
soit la démission de ses 58 députés, soit des élections législatives
anticipées sur la base du retour à la petite circonscription (afin
d’attirer les bonnes grâces du patriarche maronite) ou bien la
poursuite de la même politique actuelle (boycotter le gouvernement)
pendant les deux années qui restent du mandat du parlement.
Il n’y a, donc, pas
d’ouverture, même minime, dans l’horizon de la crise. Bien au
contraire ! L’attentisme est roi. Jusqu’aux présidentielles
étasuniennes. Surtout que les Etats-Unis connaissent des nuances
dans les positions entre « Républicains » et « Démocrates » sur les
questions essentielles de la région et ne sont pas près de formuler
une solution prochaine à ces problèmes.
Quant à l’Union
européenne, elle continue à adopter une politique très dépendante de
celle préconisée par Bush. Ainsi nous comprenons les propos émis à
Beyrouth par Angela Merckel, à la suite de ceux de Nancy Pelosi.
N’a-t-elle pas déclaré un
appui inconditionnel à Fouad Sanioura et son gouvernement (ou ce qui
en reste) qui n’a pas l’aval de la moitié de la population
libanaise ? Et, n’a-t-elle pas proclamé une adhésion européenne
totale au point de vue israélien quant aux « violations » syriennes
de la résolution 1701 à propos des armes « envoyés » au Hezbollah…
Cependant, pas un mot sur
les violations israéliennes de la souveraineté du Liban et des
autres clauses de cette résolution onusienne concernant les fermes
de Chebaa et les prisonniers libanais toujours détenus en Israël.
Pas un mot, non plus, sur les armes qui arrivent de son pays aux
milices de certains partis de la majorité ni des entraînements que
ces milices font en territoire allemand.
Marie NASSIF-DEBS
Beyrouth, le 9 avril
2007
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