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Marie
NASSIF-DEBS
Le 10 juin,
l’accord signé entre l’ONU et le gouvernement de Fouad Sanioura sur
la formation du tribunal à caractère international entrera en
vigueur afin de statuer sur les crimes commis, depuis le 14 février
2005, contre des personnalités politiques et médiatiques qui avaient
un rôle important dans la vie publique du Liban. Et, en premier
lieu, l’ex Président du conseil Rafic Hariri dont l’assassinat fut à
la base de la création de ce tribunal.
En créant ce
tribunal, le Conseil de sécurité de l’ONU a fait appel, dans sa
résolution 1757, au « strict respect de la souveraineté, de la
sécurité territoriale, de l’unité et de l’indépendance politique du
Liban ». Cependant, ce même Conseil a dépassé tout de suite ses
prérogatives en violant la Constitution libanaise, puisqu’il a
ajouté, à la fin du paragraphe mentionné, « sous la seule et unique
autorité du gouvernement », tout en sachant que le pouvoir exécutif
libanais réside, depuis la signature de l’accord de Taëf, dans le
Conseil des ministres, réuni sous l’autorité du Président de la
République, et non dans le seul gouvernement.
Cependant, et
sans trop insister sur les discussions que soulève, depuis quelques
mois, la légalité du gouvernement présidé par Fouad Sanioura, ni sur
celles concernant la légalité du Président de la République bien
avant cette date, ni, enfin, sur les réserves émises, au Conseil de
sécurité par certaines grandes puissances et certains représentants
de groupements régionaux ou autres, il nous est nécessaire de nous
arrêter sur certaines tendances politiques très claires contenues
dans la résolution 1757, parce qu’elles auront, sans aucun doute,
des répercussions qui camoufleront des parts de la « vérité »
recherchée par les Libanais sur les assassinats politiques… Sans
oublier qu’elles mettent le Liban sous une nouvelle tutelle, même si
cette tutelle relève, cette fois, des Nations Unies.
Donc, le
retour à la résolution internationale réside dans son contenu, mais
aussi dans le groupe de facteurs qui ont accompagné sa naissance et
qui se sont envenimés à la suite de sa parution et qui ne se
résument pas seulement dans la situation explosive vécue, à nouveau,
par le Liban mais aussi dans l’escalade politique et les
transformations qui caractérisent certains programmes politiques,
dont, en premier lieu, la feuille de route des « Forces du 14 mars »,
parue le soir du jeudi 31 mai, c’est-à-dire quelques heures
seulement après la parution de la résolution 1757.
I.La
résolution sur la création du tribunal à caractère international
La résolution
1757 a constitué une violation flagrante de la souveraineté
libanaise sur deux points essentiels :
Le premier
réside dans le recours du Conseil de sécurité à un précédent
dangereux, non encore utilisé dans toute l’histoire de la
constitution de tribunaux internationaux. Ce précédent est :
l’imposition d’une convention à un Etat souverain, parce que le
gouvernement de cet Etat souverain n’a pas réussi à assurer
l’unanimité nationale autour de lui… Et, un tel précédent va
aboutir, non seulement au Liban, mais aussi là où les Etats-Unis le
jugeront nécessaire, à une intervention directe dans les affaires
intérieures et les désaccords existant dans des pays membres de
l’ONU, ajoutant ainsi un nouveau danger à celui que constitue déjà
le droit de veto sur le devenir des petits peuples.
Quant au
second point, il réside dans la mise de cette convention sous le
chapitre sept de la Constitution des Nations Unies. Ce qui veut dire
que l’Etat libanais est « obligé » d’exécuter le contenu d’une
convention dans laquelle certains grands juristes internationaux ont
trouvé des failles qui la mettait en contradiction avec le concept
de la souveraineté libanaise et, surtout, avec le contenu du code
pénal en vigueur au Liban… Surtout que le chapitre 7 prévoit des
« sanctions » dont nous avons vu les résultats tant dans l’ex
Yougoslavie qu’en Irak, tous deux investis par les hordes
internationales commandées par les Etats-Unis…
Le premier
responsable d’une telle situation est, sans doute aucun, le
gouvernement présidé par Fouad Sanioura, ou ce qui en reste. Ce
gouvernement a hâté le vote de la résolution sans étudier les
amendements nécessaires à la sauvegarde de la souveraineté libanaise
et des intérêts du Liban, dans le seul but d’avoir, rapidement, un
atout infaillible dans le combat qui l’oppose, depuis six mois, aux
« forces du 8 mars ».
De même, l’opposition a émis une position très ambiguë sur le
contenu de la résolution, à tel point qu’elle a paru vouloir
empêcher la création du tribunal suivant un agenda et des intérêts
régionaux, syriens ou autres, et non pour des raisons intérieures
visant à améliorer les statuts de ce tribunal…
Et ces deux
positions ont abouti à donner à l’administration de Georges Bush une
victoire gratuite, à un moment où elle pataugeait dans la boue de
ses guerres contre l’Afghanistan et l’Irak…
II.Le
communiqué des « Forces du 14 mars »
Ou l’appel
à quitter le conflit arabo-israélien
Une
responsabilité complémentaire, donc, entre les deux parties
confessionnelles : le gouvernement et l’opposition traditionnelle.
Et non seulement à propos de la résolution 1757. Puisque, quelques
heures plus tard, les pourparlers entre les deux ont repris grâce à
une médiation tripartite (la France, l’Arabie Saoudite et l’Iran)
selon un projet contenant la formation possible d’un gouvernement
dit « d’unité nationale » sur la base d’une nouvelle répartition du
gâteau confessionnel présentée par le communiqué, déjà mentionné,
des « forces du 14 mars ».
Que dit ce
communiqué ?
Après un
préambule saluant la résistance du gouvernement de Fouad Sanioura
face à l’opposition, le communiqué parle de l’accord de l’année 1943
qu’il caractérise de « compromis historique ayant pu dépasser le
grave conflit existant à ce moment-là ». Ce qui veut dire que
l’appel de la majorité actuelle vise à liquider l’Accord de Taëf et
la nouvelle Constitution qui lui fit suite, et ce afin de mettre au
point une nouvelle répartition du pouvoir, basée sur l’accord
« historique » de 1943, dont le contenu fut, comme nous venons de le
dire, à la base des guerres civiles.
Pourquoi cette
brusque volte-face ?
Parce que la
revendication visant la mise au point des réformes politiques
essentielles contenues dans l’Accord de Taëf devient de plus en plus
pressante, surtout parmi les jeunes et surtout en vue de supprimer
le confessionnalisme au Parlement, mais aussi dans l’administration
publique, et de créer le « Comité national pour la suppression du
confessionnalisme au Liban ». D’ailleurs, la majorité ne cache pas
son jeu sur ce plan, puisqu’elle parle dans son communiqué de la
nécessité de satisfaire toutes les demandes « confessionnelles », et
non seulement celles des représentants des trois confessions les
plus grandes, à savoir : les maronites, les sunnites et les chiites…
En plus de ce
retour à 1943, le communiqué met l’accent sur la nécessité de
« changer l’époque qui a commencé à la fin des années Soixante,
quand la lutte arméefut
introduite au Liban », à la suite du pouvoir exercé, alors, par
l’OLP sur certaines régions du Sud et sur les camps des réfugiés
palestiniens.
La mention de
cette époque a un seul et unique but : quitter le conflit
arabo-isaélien. Ce but fut, d’ailleurs, traduit par les forces
signataires du communiqué à travers les trois points suivants :
1. Obliger la
résistance nationale libanaise (le Hezbollah, essentiellement) à se
défaire de ses armes, selon la clause contenue dans l’Accord de Taëf
et concernant « les armes des milices » (ce qui relègue la
Résistance au rôle d’une milice et crée une certaine égalité entre
elle et les forces qui avaient sévi durant la dernière guerre civile
sur tout le territoire libanais).
2. Demander à
l’ONU (qui ne nous ont, d’ailleurs, pas attendus) de négocier, au
nom du Liban, avec Israël et la Syrie afin de tracer les frontières
libanaises.
3. Retourner à
l’armistice mis au point, à la suite du partage de la Palestine,
entre le Liban et Israël ; ce qui limitera, au strict minimum, la
présence de l’armée libanaise sur les frontières Sud du pays et
permettra, à nouveau, à l’armée israélienne de reprendre ses
« promenades » dans nos terres quand elle veut et comme elle veut…
D’ailleurs, les « forces du 14 mars » ne cachent pas leur intention
de normaliser au plus tôt les relations du Liban avec Israël,
puisqu’elles parlent de leur adhésion inconditionnelle au contenu de
« l’accord de Riad » paru à la suite du dernier Sommet arabe dans
cette ville.
Ainsi,
apparaît clairement l’objectif de la majorité. Ce qu’elle veut,
au-delà du tribunal à caractère international, ce n’est ni le
principe de justice ni l’arrêt des crimes politiques… Ce qu’elle
veut, c’est, plutôt, la mainmise complète sur les pouvoirs, dont, en
particulier, la présidence de la République « qui doit être occupée
par un indépendantiste » ; et, alors seulement, la discussion pour
former un gouvernement d’unité nationale pourra avoir lieu !
Qui est cet
indépendantiste? Est-ce Samir Geagea, par exemple, ou bien Nassib
Lahoud ou, encore, Johnny Abdo ?
… En attendant
de connaître la réponse à cette question et, aussi, à l’initiative
tripartite, les chefs de la majorité et de l’opposition se jettent
la pierre quant à la responsabilité des uns et des autres dans
l’introduction des conflits internationaux et régionaux au Liban qui
est soumis, aujourd’hui, à une nouvelle arme, celle du terrorisme,
parvenue dans notre vie quotidienne à travers des organisations
nombreuses semblables au « Fath al Islam » et dans lesquelles se
recoupent les services de renseignements de tous bords qui dépensent
des fortunes pour entretenir ces organisations et leur permettre de
manœuvrer en toute impunité.
Beyrouth, le vendredi 8 juin
(Article
paru en arabe dans le bimensuel « An-Nidaa »)
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