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Dangereuses
tergiversations au Liban
Et préparatifs d’une
nouvelle guerre israélienne
« Tergiverser » est le verbe qui se conjugue le
plus, depuis quatre mois, dans les hautes sphères de la politique
libanaise. Il est, en quelque sorte, le mot d’ordre des leaders du
« 14 mars » mais aussi de ceux du « 8 mars », c’est-à-dire ceux qui
se prénomment « la majorité parlementaire » et ceux qui ont pour
titre « l’opposition ».
Les premiers, poussés par les Etats-Unis (secondés
par l’Arabie saoudite et les pays arabes dits « modérés »), veulent
boucler la boucle des « victoires » enregistrées dans les instances
du pouvoir à la suite de l’assassinat de l’ex Premier ministre Rafic
Hariri, en élisant un président de la République qui leur soit
acquis corps et âme sans pour autant céder aux revendications de
leurs protagonistes sur le futur gouvernement. Les autres, épaulés
par la Syrie et l’Iran, veulent récupérer des points perdus lors des
élections législatives de 2005, à travers un gouvernement qui leur
garantirait le tiers des voix (ce qui constitue, disent-ils, moins
que « la part de 45% » qu’ils détiennent au sein du parlement) et
une plus grande part aux décisions.
Au milieu de ce chaos, où pointent, de temps en
temps, des attentats à la voiture piégée ou des événements sanglants
vite réprimés, le peuple libanais, tiraillé de toutes parts, ne sait
plus où donner de la tête. Surtout que l’avenir proche, qui coïncide
avec la dernière année du second mandat de G. W. Bush à la Maison
blanche, s’annonce fermé devant les solutions au Moyen Orient et,
aussi, que l’alliance politique au pouvoir depuis 2005 ne détient
plus des clés du pouvoir que celles que les Etats-Unis ont bien
voulu leur laisser. D’où les tergiversations…
Mais, tergiverser pour aboutir à quoi et dans quel
but ?
Là, les attentes sont, paraît-il, nombreuses et
diversifiées.
Certains considèrent avec intérêt ce qui se passe
dans la bande de Gaza, avec l’aide du gouvernement de Mahmoud Abbas
et de l’Egypte. Ils espèrent que les violations par l’aviation
israélienne du territoire libanais et les préparatifs de l’armée
israélienne sur la frontière Sud du Liban ne sont que les préludes
d’une nouvelle offensive, généralisée, contre le Hezbollah et tous
ceux qui veulent poursuivre la résistance dans le but de libérer les
territoires toujours occupés dans les fermes de Chebaa et les
hauteurs de Kfarchouba. Pour eux, le rapport de la « Commission
Winograd » est très explicite à ce sujet, puisqu’il souligne bien
clairement la nécessité pour Israël de réorganiser sa « force de
frappe politique et militaire », ce qui lui permettrait de dissuader
ses voisins de penser à mener « une attaque quelconque » et lui
rendrait, par suite, « sa position de leadership tout en obligeant
ses ennemis à accepter la pais qu’il leur propose ». Surtout que le
rapport ajoute expressément que « l’armée [israélienne] doit se
préparer à la guerre qui sera en se basant sur les enseignements de
celle qui fut [entendre l’agression de l’été 2006 contre le
Liban] » et qu’il saura, comme en 1982 et en 2006, trouver l’alibi
nécessaire à son agression.
D’autres attendent les résultats concrets (et
prochains) des pressions saoudiennes et égyptiennes contre la Syrie,
à la veille du Sommet arabe qui se prépare (pour la fin du mois de
mars) à Damas. Ce qui veut dire que les menaces saoudiennes de
boycotter le Sommet pourraient être mises en exécution si la Syrie
refuserait de faire pression sur ses alliés libanais afin de les
obliger à accepter l’initiative de la Ligue arabe et que ce
boycottage, lié à une situation explosive au Liban, aurait ses
répercussions sur la stabilité politique de ce pays… On cite, dans
ce sens, les déclarations du secrétaire général de la Ligue arabe,
Amro Moussa, concernant « les dangers de la situation au Liban et
ses répercussions sur la région arabe. Parce que le Liban est un
modèle réduit de ce qui se passe dans la région ; et, il est
possible d’appliquer ce modèle dans tout le monde arabe. Ce qui veut
dire que les fissures, déjà présentes [entre Sunnites et Chiites],
peuvent représenter, si elles ne sont pas contrées, une menace
directe contre tous les pays arabes. Voilà pourquoi, nous appelons
tous ceux qui ont une relation quelconque avec la situation
libanaise de se montrer responsables avant qu’il ne soit trop
tard »…
D’autres, enfin, mais cette fois du côté de
l’opposition, parlent de nouvelles explosions, dans Beyrouth
notamment. Ils disent que des « cellules militaires » ont été
formées par « des officiers appartenant à un service de
renseignements arabe » dans le but de déstabiliser la situation
intérieure libanaise au moment où Israël commencerait son attaque
généralisée contre le Hezbollah et ses alliés. Ce qui annonce, à la
lumière des déclarations d’un des leaders de la majorité, ancien ami
d’Israël, que des événements (venant de l’intérieur et de
l’extérieur) se préparent dans un avenir proche (deux mois, dit cet
ami d’Israël) dont le but sera de neutraliser, en même temps, la
Résistance libanaise et la Syrie. Ce leader a, parait-il, précisé
que l’attaque aura pour premier objectif l’occupation de la région
de la Békaa Ouest, région stratégique pour le Hezbollah et, aussi, à
quelques kilomètres de Damas.
Et, tandis que l’administration étasunienne
réitérait ses directives à « la majorité » libanaise de faire fi de
la Constitution et de procéder à l’élection d’un nouveau président
de la République à la majorité simple, tandis que le Secrétaire
d’Etat britannique aux Affaires moyen-orientales déclarait « avoir
entendu, de sources différentes », qu’il a omis de nommer, « que le
Hezbollah a construit des fortifications au nord du fleuve Litani et
refuse toute avancée vers l’élection d’un nouveau président », et
que le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon, exprimait,
dans une interview à la chaîne de télévision « Al Arabiyah », son
inquiétude de ce que le « vide constitutionnel » puisse se prolonger
au Liban, le chef du service de renseignement de l’armée israélienne
déclarait, le mardi 26 février, devant la commission des affaires
étrangères à la Knesset, que le Hezbollah tenterait prochainement
de venger l’assassinat d’un de ses leaders, Imad Moghniah, tué à
Damas par des « amis d’Israël ».
Est-ce, là, « l’alibi » dont Israël usera pour
légaliser sa nouvelle guerre contre le Liban ? Y aura-t-il un nouvel
ambassadeur israélien trucidé, comme en 1982 à Londres ?
Marie NASSIF-DEBS
(Beyrouth, le 27 février 2008)
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