|
LE QUOTA FÉMININ
CINQ RAISONS OBLIGATOIRES
POUR LA PARTICIPATION DES FEMMES AU POUVOIR
Marie NASSIF-DEBS
Dans son livre intitulé « Silence aux pauvres »,
l’écrivain français Henri Guillemin disait que ceux qui étaient à la
base de la victoire de la Révolution de 1789, les pauvres des villes et
des campagnes, dont les femmes, furent éloignés des instances politiques
par une loi électorale promulguant le droit d’élire et d’être élu(e)s
aux seul(e)s citoyen(ne)s sachant lire et écrire… Et depuis ce siècle
lointain, et malgré des centaines de guerres et de révolutions qui ont
changé la face de la Planète, les Pauvres et les Femmes restent toujours
le maillon faible dans tous les compromis et les changements, même si ce
sont eux qui ont fait aboutir ces changements.
Sur cette base, passons en revue la situation politique
qui prévaut actuellement au Liban, à la suite du compromis passé, le 21
mai 2008, entre la majorité (dite « groupe du 14 mars ») et l’opposition
(appelée « groupe du 8 mars). Ce qui attire notre attention, c’est,
d’abord et avant tout, l’entente convenue, malgré tout le sang et la
destruction, sur la seule loi électorale qui pourrait les maintenir,
tous, au pouvoir tout en leur sauvegardant leur rôle (social et
confessionnel) au sommet de la hiérarchie : la loi de l’an 1960 qui, à
partir des cazas (petites circonscriptions) très
confessionnalisés, est seule capable de garantir la position économique
et la part du gâteau échue à chaque « émir de taïfa » (représentant
politique d’une confession religieuse) ainsi que le rôle des différents
« tuteurs » venus de l’extérieur proche ou lointain. Tout cela afin de
conserver au régime politique libanais, dessiné par la France et
redessiné tantôt par les Etats-Unis tantôt par la Syrie, la place qui
lui est échue sur l’échiquier régional.
Dans cette situation, où la lutte pour le pouvoir avait
été portée à son paroxysme, puisque chacune des parties de l’alliance de
la bourgeoisie et du féodalisme politique avait porté les armes afin
d’améliorer sa part au sein de la « maison commune », la part des
pauvres s’est, une fois de plus, volatilisée et avec elle celle de la
représentation des femmes qui , bien qu’elles constituent 53% de
l’ensemble du peuple libanais, n’ont pu accéder, jusqu’à ce jour, aux
postes de décision politique que pour des raisons de remplacement
familial, la disparition du mari dans la majorité des cas…
Quand nous avons posé le problème du « quota féminin »,
il y a de cela quelques temps, certains représentants de la bourgeoisie
avaient, alors, crié au déshonneur, nous disant que c’était dégrader le
rôle de la femme en demandant un quota pour lui permettre d’être
présente à leurs côtés! Ils ont oublié que la plupart d’entre eux, pour
ne pas dire la totalité, n’ont accédé à leur leadership que grâce au
quota accordé aux représentants politiques des confessions religieuses
libanaises… Ils ont donné l’adjectif « humiliant » à une demande
légitime de mieux représenter les femmes de leur pays, tandis que nous
les trouvons très admiratif vis-à-vis de ce qu’ils appellent « la
démocratie occidentale », oubliant sciemment que cette démocratie
applique le principe du quota féminin et qu’Angela Merkel, pour n’en
citer qu’elle, n’a pu accéder à son poste important que parce qu’elle
fut élue, au préalable, à cause de ce quota…
Qu’est-ce que le « quota féminin ? Et comment est-il
présenté par les associations et les partis politiques qui l’ont
proposé ?
Le programme électoral de la « Rencontre nationale pour
l’élimination de toute discrimination contre la femme au Liban », publié
il y a trois ans (2005) stipule de donner aux femmes libanaises une part
de 30% de l’ensemble des députés, c’est-à-dire 38. Ces 38 sièges seront,
selon ce réseau regroupant 60 associations et un grand nombre des
personnalités féminines du pays, remplis par l’adoption du système
électoral le plus démocratiquement connu, à partir de la proportionnelle
et en dehors de tout cadre confessionnel. Ce qui veut dire à partir
d’une expérience unique, différente de toutes celles vécues depuis
l’Indépendance du Liban. Parce qu’en revendiquant la suppression du
confessionnalisme et la proportionnelle, la femme libanaise aspire à
représenter, non une partie du peuple, mais le Liban tout entier. Elle
veut par là dire son opposition aux lois électorales préparées à la
mesure des divisions confessionnelles et qui n’ont engendré que des
guerres civiles.
Ce programme se base, d’ailleurs, sur des raisons très
valables, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Nous nous
contenterons, ici, d’en citer seulement cinq.
La première raison, de
principe, est basée sur la Constitution qui proclame, dans son septième
article, l’égalité totale entre les citoyen(ne)s. Cette raison de
principe s’est renforcée, en 1996, par la signature de la « Convention
internationale pour l’élimination de toute sorte de discrimination
contre les femmes » qui stipule, entre autres, le droit du quota comme
introduction à l’égalité complète entre la femme et l’homme.
La seconde raison réside
dans le grand rôle joué par les femmes, surtout les jeunes, dans le
mouvement pour l’indépendance, au début des années quarante, et aussi
dans les organisations de la résistance libanaise contre l’occupation
israélienne. Dans tous ces combats, la femme libanaise a fait preuve de
qualités de leadership.
La troisième raison est
visible dans la place actuellement occupée par les femmes dans la
production et l’économie. Cette place, qui s’est élargie
horizontalement, est devenue plus imposante dans les hauts échelons du
pouvoir économique et, môme, financier…
La quatrième raison se
trouve dans le rôle occupé actuellement par les femmes dans le pouvoir
judiciaire et dans les médias où les différences et les frontières ont
été complètement abolies.
Quant à la cinquième et dernière raison, déjà
mentionnée, elle réside dans le nombre. Ainsi, si certains leaders
s’enorgueillissent du pourcentage de la confession qu’ils représentent
sur l’ensemble de la population au Liban, la « part » des femmes dans
toutes les confessions est la seule qui présente une majorité absolue.
Oui pour le quota féminin, à titre provisoire. Oui pour
une nouvelle loi électorale basée sur la proportionnel dans un Liban
considéré tout entier comme une seule circonscription. Oui pour la
suppression du confessionnalisme en politique. Telles sont les bases de
la paix civile et de la Réforme politique.
(Texte paru dans le
numéro du vendredi 27 juin 2008 du bimensuel « An-Nidaa »)
|